11 septembre 2026
Karina Riquelme Viveros est une avocate chilienne reconnue pour son travail de défense des membres des communautés mapuches, victimes de violences d’État, ainsi que pour son engagement dans des affaires liées aux droits humains et aux conflits territoriaux dans le sud du Chili. Elle représente actuellement la famille de Julia Chuñil Catricura, une femme mapuche de 72 ans portée disparue depuis novembre 2024 dans la commune de Máfil, dans la région de Los Ríos. Cette affaire a pris une importance particulière aux niveaux national et international en raison des allégations de harcèlement et de conflit territorial liées à la commune où sa disparition a eu lieu ; des démarches concernant le cas sont en cours devant la Commission interaméricaine des droits de l’homme et le Comité des Nations unies contre les disparitions forcées.
Depuis des années, l’avocate fait l’objet de harcèlement et de surveillance de la part d’agents de l’État, notamment :
Le 7 août 2026, une audience s’est tenue au tribunal de Valdivia afin de clarifier la situation procédurale de Karina. À cette occasion, le procureur en charge de l’affaire a comparu de manière anonyme, en invoquant les mesures de protection prévues à l’article 78 ter du Code de procédure pénale chilien, réservées exclusivement aux cas de menace grave ou liés à des organisations criminelles. Lors de cette audience, Karina Riquelme a été officiellement informée qu’elle n’avait pas la qualité de partie intervenante dans cette affaire ni dans d’autres liées à sa défense de la famille Chuñil. Le tribunal a par ailleurs rejeté la demande du ministère public visant à exclure les observateurs des droits humains, ce qui a permis à l’OIAD d’être présent à l’audience.
Finalement, l’équipe juridique représentant Karina Riquelme a déposé un recours en protection constitutionnelle, introduit le 19 août de cette année, concernant les filatures illégales dénoncées par l’avocate. Malgré le rejet de la Cour, la décision comporte une considération s’adressant expressément à la Police judiciaire, dans laquelle l’institution est invitée à faire preuve d’une « attention particulière » dans ses procédures afin de ne pas porter atteinte au libre exercice de la profession de l’avocate, notamment lorsque les investigations se déroulent dans des lieux où elle exerce habituellement ses fonctions. La décision énonce en outre que l’action policière doit se conformer aux instructions données par le ministère public.
Il convient de rappeler qu’en octobre 2016, la Cour suprême du Chili a fait droit à un recours en amparo déposé par des avocats de la défense, reconnaissant que la surveillance policière exercée à l’encontre de professionnels exerçant la défense juridique peut constituer une atteinte illégitime au libre exercice de la profession.
L’Observatoire condamne fermement les actes de surveillance et de harcèlement dénoncés à l’encontre de Karina Riquelme Viveros et d’autres avocates qui défendent des causes liées aux droits humains dans le sud du Chili.
L’Observatoire demande aux autorités chiliennes de veiller à ce que cessent toute forme de pression, de persécution judiciaire injustifiée et de surveillance à l’encontre de l’avocate Karina Riquelme Viveros ainsi que des autres défenseurs des droits humains et des avocats et avocates engagés dans des causes sociales et territoriales au Chili, et de respecter pleinement leur droit d’exercer leur profession sans entrave ni représailles.
L’Observatoire rappelle que, conformément aux Principes fondamentaux des Nations Unies relatifs au rôle des avocats, en particulier les principes 16 et 17 :
« Les pouvoirs publics veillent à ce que les avocats a) puissent s’acquitter de toutes leurs fonctions professionnelles sans entrave, intimidation, harcèlement ni ingérence indue; b) puissent voyager et consulter leurs clients librement, dans le pays comme à l’étranger ; (…) » (Principe 16)
« Lorsque la sécurité des avocats est menacée dans l’exercice de leurs fonctions, ils doivent être protégés comme il convient par les autorités. » (Principe 17)