25 mars 2026
L’Observatoire est vivement préoccupé par l’arrestation arbitraire et la détention au secret de l’avocat et défenseur des droits humains Abdulmajeed Sabra à Sanaa, au Yémen.
Me Sabra est un avocat connu pour sa défense des victimes de détention arbitraire et de disparition forcée, ainsi que des personnes victimes de détention arbitraire et de disparition forcée. Il a exprimé publiquement ses opinions sur des questions relatives aux droits humains, notamment via les réseaux sociaux.
Le 25 septembre 2025, Me Sabra a été arrêté à son bureau à Sanaa par des individus affiliés aux autorités de facto (Ansar Allah). L’arrestation aurait un lien avec ses publications en ligne concernant l’anniversaire du 26 septembre[1].
À la suite de son arrestation, Me Sabra a été emmené dans un lieu tenu secret. Pendant environ dix jours, sa famille n’a eu aucune information sur son lieu de détention et n’a pas pu le contacter.
Me Sabra a par la suite pu contacter brièvement sa famille à partir de numéros de téléphone non identifiés, indiquant qu’il était détenu à l’isolement. Les informations reçues suggèrent qu’il aurait pu être soumis à une forme d’endoctrinement idéologique ou « culturel » imposé aux personnes détenues pour des raisons politiques.
En janvier 2026, Me Sabra aurait été transféré dans un centre de détention situé dans la région de Shamlan, à Sanaa, où il a depuis été autorisé à recevoir des visites familiales limitées. Toutefois, aucune accusation officielle n’a été portée contre lui[2].
Avant son arrestation, Me Sabra aurait été soumis à des interrogatoires répétés par les autorités de sécurité au sujet de ses activités professionnelles et aurait été confronté à des restrictions dans l’exercice de son métier d’avocat.
Les motifs de l’arrestation de Me Sabra soulèvent de graves préoccupations quant au respect du droit à la liberté, aux garanties d’une procédure régulière et à la protection des avocats et des défenseurs des droits de l’homme contre toute forme d’intimidation ou de représailles.
L’Observatoire note que le fait de prendre pour cible des avocats engagés dans la défense des droits humains reflète une tendance inquiétante d’ingérence dans la profession juridique et de restriction de l’espace civique.
L’Observatoire rappelle que les avocats doivent pouvoir exercer leurs activités professionnelles sans craintes de harcèlement, de détention arbitraire ou de toute ingérence indue.
L’Observatoire exprime son inquiétude quant au recours à la détention au secret et à l’absence de garanties juridiques, ce qui peut faciliter de graves violations des droits humains, y compris les disparitions forcées.
L’Observatoire appelle les autorités de facto à fournir des informations claires sur la base juridique de la détention de Me Sabra, à assurer le plein respect de ses droits fondamentaux et à garantir que de telles violations ne se reproduisent pas.
L’Observatoire rappelle également le principe 23 des Principes de La Havane, selon lequel : « Les avocats, comme tous les autres citoyens, doivent jouir de la liberté d’expression, de croyance, d’association et de réunion. En particulier, ils ont le droit de prendre part à des discussions publiques portant sur le droit, l’administration de la justice et la promotion et la protection des droits de l’homme et d’adhérer à des organisations locales, nationales ou internationales, ou d’en constituer, et d’assister à leurs réunions sans subir de restrictions professionnelles du fait de leurs actes légitimes ou de leur adhésion à une organisation légitime. »
L’Observatoire rappelle à toutes les autorités concernées qu’elles sont tenues de respecter les normes internationales en matière de droits humains, y compris celles énoncées dans le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) :
« 1. Tout individu a droit à la liberté et à la sécurité de sa personne. Nul ne peut faire l’objet d’une arrestation ou d’une détention arbitraire. (…) » (Article 9 §1 du PIDCP)
« Toute personne a droit à la liberté d’expression (…) » (Article 19 §2 PIDCP)
[1] L’anniversaire du 26 septembre commémore la révolution de 1962 au Yémen du Nord, qui a conduit au renversement de la monarchie et à l’instauration d’un régime républicain, déclenchant une guerre civile.
Pour plus d’informations : https://peacekeeping.un.org/mission/past/unyombackgr.html
[2] Rapporteur spécial des Nations unies sur les défenseurs des droits de l’homme, Yémen : arrestation arbitraire et détention dans un lieu inconnu de l’avocat et défenseur des droits de l’homme Abdulmajeed Sabra (communication conjointe), 11 mars 2026. Disponible à l’adresse : https://srdefenders.org/yemen-arbitrary-arrest-and-detention-in-an-unknown-location-of-lawyer-and-hrd-abdulmajeed-sabra-joint-communication/