David Fajardo Torres

Ecuador

ÉQUATEUR : L’OIAD est profondément préoccupé par les actes de harcèlement dont est victime l’avocat David Fajardo Torres pour avoir défendu les droits humains et la nature

14 mai 2026

  1. Fajardo Torres exerce en tant qu’avocat à Cuenca, où il représente des communautés et des organisations sociales dans la défense juridique de l’eau, des páramos et des droits de la nature face à des projets d’exploitation minière. Il fait partie de l’équipe juridique du Cabildo por el Agua de Cuenca, ainsi que de YASunidos et du collectif Kuska – Défense populaire des peuples et de la nature. Sa pratique se concentre sur le contentieux stratégique et participatif, en intégrant les communautés et les organisations en tant qu’acteurs actifs dans l’élaboration des stratégies juridiques.

Le 26 mars 2026, M. Fajardo Torres a découvert que son compte bancaire avait été gelé. Après avoir contacté son établissement bancaire, il a été informé que cette mesure avait été demandée par l’Unité d’analyse financière et économique (Unidad de Análisis Financiero y Económico (UAFE)), sans qu’il ait reçu de notification préalable ni d’informations sur les motifs de cette décision. À ce jour, c’est la seule communication officielle dont il dispose.

Ce nouveau gel est survenu quelques jours après que, début mars 2026, le Cabildo por el Agua de Cuenca — organisation dont M. Fajardo Torres fait partie de l’équipe juridique — ait déposé un recours en inconstitutionnalité contre la loi organique pour le renforcement des secteurs stratégiques des mines et de l’énergie, adoptée par une procédure d’urgence avec un contrôle parlementaire et une participation citoyenne limités.

L’Observatoire souligne que l’absence de notification et d’accès à l’information concernant le gel des comptes empêche l’avocat d’exercer son droit à la défense, ce qui porte atteinte aux garanties d’un procès équitable, et renforce la crainte que cette mesure ne constitue une mesure de représailles pour son travail professionnel. Cette inquiétude est aggravée par des antécédents tels que ceux survenus en septembre 2025, lorsque, après sa participation à la marche massive connue sous le nom de « Quinto Río » pour la défense de l’eau dans le bassin versant et contre le projet minier Loma Larga à Kimsakocha, plusieurs de ses comptes avaient également été gelés par les autorités de l’État.

À la suite de ce premier gel, le parquet a engagé des poursuites judiciaires à son encontre pour enrichissement privé injustifié présumé et financement du terrorisme, qui sont toujours en cours à ce jour. En décembre 2025, un tribunal a ordonné la levée de cette mesure, ce qui renforce les inquiétudes quant à l’absence de fondement des actions engagées contre l’avocat.

L’Observatoire constate que la répétition de ces mesures, en lien étroit avec sa participation à des actions juridiques et à des mobilisations en faveur de la défense de la nature, met en évidence un schéma de représailles lié à son travail d’avocat au sein du Cabildo por el Agua de Cuenca, en opposition au projet minier Loma Larga à Kimsakocha.

De même, d’autres formes de harcèlement ont été signalées dans son environnement professionnel, notamment le piratage des réseaux sociaux de son équipe juridique et l’existence d’indices laissant supposer d’éventuelles interventions sur ses équipements de communication, ce qui soulève de sérieuses préoccupations quant au respect du principe de confidentialité entre avocat et client.

L’Observatoire exprime sa préoccupation face aux informations reçues selon lesquelles il existerait un discours promu par les autorités tendant à associer la défense de la nature — par les organisations sociales et les communautés autochtones — à des activités illicites ou à des structures criminelles. Ce type de discours peut contribuer à la stigmatisation de ceux qui défendent les droits humains et la nature.

L’Observatoire appel aux autorités équatoriennes à :

  • Lever immédiatement le gel du compte bancaire de M. Fajardo Torres ;
  • Garantir l’accès aux informations relatives aux mesures prises à son encontre et le plein respect de son droit à la défense ;
  • Mettre fin aux actes de harcèlement judiciaire et administratif liés à l’exercice de sa profession ;
  • Mener une enquête diligente sur les attaques contre son environnement professionnel ;
  • Garantir qu’il puisse exercer la profession d’avocat sans intimidation, entraves ni représailles.

L’Observatoire rappelle que, conformément aux Principes fondamentaux des Nations Unies relatifs au rôle du barreau :

« Les pouvoirs publics veillent à ce que les avocats a) puissent s’acquitter de toutes leurs fonctions professionnelles sans entrave, intimidation, harcèlement ni ingérence indue (…); et c) ne fassent pas l’objet, ni ne soient menacés de poursuites ou de sanctions économiques ou autres pour toutes mesures prises conformément à leurs obligations et normes professionnelles reconnues et à leur déontologie. » (Principe 16)

«  Lorsque la sécurité des avocats est menacée dans l’exercice de leurs fonctions, ils doivent être protégés comme il convient par les autorités. » (Principe 17)

Posizione